Les Maqâmât ou Livre des Séances

Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Page de garde en papier
Dans ce cartouche doré, bordé d’un motif de tresse et flanqué sur chacun des cotés d’un médaillon, on lit le titre de l’ouvrage et son auteur « al-maqâmât al-Harîriyya », c’est-à-dire les Séances d’al-Harîrî, qui se détache en larges lettres blanches.
Bibliothèque nationale de France
Page de titre en papier
Page tapis de frontispice
Le manuscrit s’ouvre sur une double page très abîmée. Chacune d’elles évoque une figure princière dans une composition en miroir. Sans aucun rapport avec le reste du livre, cette représentation fréquente s’inscrit dans une tradition picturale ancienne venue de l’Antiquité grecque. Le portrait de ces deux personnages, altéré par des restaurations maladroites, suscite de nombreuses interprétations. Traditionnellement, on y voit une incarnation des deux sphères du pouvoir au 13e siècle : ici, symbolisant les gens d’épée, un prince turc dépositaire du pouvoir réel qui gouvernait alors l’empire abbaside.
Sur cette page et sur celle qui lui fait face, l’image s’inscrit dans un encadrement à fond d’or qui rappelle les enluminures des corans ou les motifs des tapis contemporains. Des animaux délicatement dessinés se fondent dans les entrelacs d’une arabesque. On y découvre peintes avec raffinement plusieurs espèces animales : lièvres, gazelles, léopards, chiens et oiseaux de proie. Ces motifs, peu fréquents dans les manuscrits, ornent habituellement les objets en métal, les tissus ou la céramique.
Au centre de l’enluminure et légèrement surdimensionné, se tient un dignitaire, assis sur une estrade. Occupant chaque coin supérieur, deux anges aux longues tresses noires se détachent sur un fond orangé de part et d’autre de la tête de l’homme. À sa gauche et en dessous de lui, se presse une foule nombreuse, vue de dos ou de profil.
Bien que très proche, la figure présente, lorsqu’on l’observe de près, des différences notables avec celle qui lui fait face. La figure de droite (présentée ici), peinte de face, semble plus affirmée. Le mouvement des bras suggère l’autorité et le vêtement orange largement rehaussé d’or, est plus somptueux. L’homme porte un kalawata, chapeau de fourrure noir de grande taille en usage à l’époque à la cour abbaside. Légèrement plus petit, l’homme à gauche, peint de trois quarts, semble plus modeste. Barbu et la tête surmontée d’un turban, il parait assis plus confortablement. Le visage des deux hommes est entouré d’une auréole d’or. Venue de l’iconographie chrétienne, ce nimbe doré ne possède aucune signification religieuse
© Bibliothèque nationale de France
Page tapis de frontispice
Page tapis de frontispice
Le manuscrit s’ouvre sur une double page très abîmée. Chacune d’elles évoque une figure princière dans une composition en miroir. Sans aucun rapport avec le reste du livre, cette représentation fréquente s’inscrit dans une tradition picturale ancienne venue de l’Antiquité grecque. Le portrait de ces deux personnages, altéré par des restaurations maladroites, suscite de nombreuses interprétations. Traditionnellement, on y voit une incarnation des deux sphères du pouvoir au 13e siècle : ici, un fonctionnaire arabe ou persan, représentatif des gens de lettres et de l’administration.
Sur cette page et sur celle qui lui fait face, l’image s’inscrit dans un encadrement à fond d’or qui rappelle les enluminures des corans ou les motifs des tapis contemporains. Des animaux délicatement dessinés se fondent dans les entrelacs d’une arabesque. On y découvre peintes avec raffinement plusieurs espèces animales : lièvres, gazelles, léopards, chiens et oiseaux de proie. Ces motifs, peu fréquents dans les manuscrits, ornent habituellement les objets en métal, les tissus ou la céramique.
Au centre de l’enluminure et légèrement surdimensionné, se tient un dignitaire, assis sur une estrade. Occupant chaque coin supérieur, deux anges aux longues tresses noires se détachent sur un fond orangé de part et d’autre de la tête de l’homme. À sa gauche et en dessous de lui, se presse une foule nombreuse, vue de dos ou de profil.
Bien que très proche, la figure présente, lorsqu’on l’observe de près, des différences notables avec celle qui lui fait face. La figure de droite, peinte de face, semble plus affirmée. Le mouvement des bras suggère l’autorité et le vêtement orange largement rehaussé d’or, est plus somptueux. L’homme porte un kalawata, chapeau de fourrure noir de grande taille en usage à l’époque à la cour abbaside. Légèrement plus petit, l’homme à gauche (présenté ici), peint de trois quarts, semble plus modeste. Barbu et la tête surmontée d’un turban, il parait assis plus confortablement. Le visage des deux hommes est entouré d’une auréole d’or. Venue de l’iconographie chrétienne, ce nimbe doré ne possède aucune signification religieuse
Bibliothèque nationale de France
Page tapis de frontispice
Une bibliothèque à Bassora
Dans les bibliothèques, on lisait et copiait des livres, on se réunissait. Les ouvrages étaient rangés à plat dans des casiers, comme sur cette miniature représentant une bibliothèque à Bassora où le narrateur al-Hârit retrouve Abû Zayd, le héros des Séances.
Bibliothèque nationale de France
Folio 5v : séance 2. Al-Hârith reconnaît Abû Zayd dans une bibliothèque à Hulwan
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 6
Séance 4 : Al-Hârith rejoint une caravane à Damiette
Al-Hârith a rejoint une caravane avec laquelle il voyage. Au milieu de la nuit, il surprend une brillante conversation louant la bonne conduite à tenir envers autrui. Au matin, il découvre que les beaux parleurs sont Abû Zayd et son fils. Pour soulager leur misère et récompenser leur vertu, il leur offre argent et cadeaux, encourageant les autres à faire de même. Abü Zayd part au village pour se laver et en profite pour prendre la fuite. Al-Hârith découvre alors, caché sous la selle de son chameau, un mot révélant sa ruse.
La miniature montre la caravane endormie. La scène se déroule sur deux plans superposés, reliés entre eux par une bande d’herbe parsemée de fleurettes. Cette convention venue de l’Antiquité indique la profondeur de l’espace.
Sur le plan inférieur, un chamelier, le bras replié sur la tête est allongé à côté de ses trois bêtes encore sellées. Les chameaux au repos sont dépeints avec une minutie remarquable qui dénote un sens aigu de l’observation. L’artiste est à juste titre, renommé pour son talent de peintre animalier. La robe de chaque animal est composée de multiples nuances de bruns et d’ocres. La gueule à moitié ouverte, ils semblent prêts à blatérer.
Sur le plan supérieur, quatre hommes et un serviteur imberbe assoupis complètent le cercle des dormeurs. Les voyageurs sont couchés à l’air libre, appuyés sur leurs bagages, séparés les uns des autres par des coussins aux tons contrastés rouge et vert. Le relâchement des corps, la diversité des poses et les yeux fermés suggèrent la profondeur de leur sommeil. Aucun personnage n’est identifiable.
Les chameaux, tête légèrement relevée, semblent répondre à celui de la page d’en face, créant un lien entre les deux images.
Bibliothèque nationale de France
Folio 9v : séance 4. Al-Hârith rejoint une caravane à Damiette
Séance 4 : Al-Hârith, debout au centre de la page, se dirige vers Abû Zayd qui parle avec son fils
Al-Hârith, debout au centre de la page, se dirige vers Abû Zayd qui parle avec son fils. Un geste éloquent de sa main gauche, un doigt posé sur la bouche pour marquer son étonnement exprime sa surprise mais aussi son plaisir de les rencontrer. Les robes d’Abû Zayd et de son fils ont été gauchement remaniées avec de larges aplats rouges et verts qui s’opposent à la délicatesse avec laquelle sont peints les plis bleus et or ornant les vêtements d’al-Hârith. Leurs visages sont maladroitement refaits. Les trois personnages sont encadrés par deux arbres dont la forme souligne le mouvement des corps. Les arbres, très stylisés, jouent un rôle décoratif mais indiquent, comme la bande d’herbe, que la scène se déroule à l’extérieur. Les branches roses et les fruits rouges font ressortir la verdeur des feuilles, sans souci de dépeindre la réalité.
© Bibliothèque nationale de France
Folio 10 : séance 4. Al-Hârith, debout au centre de la page, se dirige vers Abû Zayd qui parle avec son fils
Séance 5 : Abû Zayd en visite chez la prétendue mère de son fils
Al-Hârith reçoit des amis quand on frappe à sa porte. C’est un mendiant qui vient réciter un poème. Al-Hârith lui offre le repas et reconnaît Abû Zayd. Celui-ci raconte alors qu’un jour, frappant à une porte en improvisant quelques vers pour quémander de la nourriture, il fut accueilli par un adolescent qui lui répondit avec brio. Il le questionne et découvre qu’il s’agit de son fils, abandonné avant sa naissance, et décide le raccompagner chez sa mère. L’assemblée particulièrement émue par ce récit lui donne de l’argent. Mais au matin, Abû Zayd avoue dans un poème sarcastique que toute l’histoire n’est qu’une invention.
La scène montre Abû Zayd en visite chez la mère de son fils. L’anecdote sert ici de prétexte à croquer sur le vif un épisode de la vie quotidienne : la mère assise sur un large coussin est en train de filer. Ses cheveux sont couverts d’un foulard noir liséré de rouge qui cache ses épaules. D’une main elle actionne son rouet tandis que de l’autre, elle tient le fil de laine qui s’enroule au fur et à mesure sur la quenouille posée sur son genou.
La maison qui sert de cadre narratif à l’histoire, est composée, comme à l’accoutumée, de trois parties. Au centre, la pièce principale est encadrée de lourds rideaux suspendus au plafond et ornés d’arabesquesdorées ; deux petites pièces sont attenantes à chacun des cotés. L’ensemble est surmonté d’une large balustrade de bois ouvragé et d’un toit de roseaux tressés. Dans la pièce de gauche, on trouve un grand bougeoir doré ainsi que deux coupes rangées dans une niche. À droite s’ouvre une porte où se tient Abu Zayd, besace à l’épaule. Il tend la main vers le garçonnet qui le prie d’entrer.
Bibliothèque nationale de France
Folio 13v : séance 5. Abû Zayd en visite chez la prétendue mère de son fils
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 14
Séance 7 : Al-Hârith se rend à la mosquée pendant les festivités de la fin du mois de ramadan
La séance se déroule pendant les festivités de la fin du mois de Ramadan, les prières sont célébrées à la mosquée et une procession se prépare. Al-Hârith se rend à la mosquée pour prier. Quand tous les fidèles sont rassemblés, un vieil aveugle entre, un sac à l’épaule, guidé par une femme. Il sort de sa besace des petits papiers que sa compagne distribue autour d’elle sans grand succès. On peut y lire des vers réclamant l’aumône. Lorsqu’elle arrive auprès d’al-Hârith, celui-ci reconnaît bien entendu l’auteur du poème. À la fin du sermon, il emmène les deux compères chez lui et, après un bon repas, découvre que la cécité d’Abû Zayd est une nouvelle ruse.
L’illustration se déploie sur une double page. Sur ce feuillet se déroulent les prières célébrant la fin du ramadan. L’imam, vêtu de noir, harangue les fidèles du haut du minbar, la chaire à prêcher. Derrière lui, deux drapeaux noirs affirment l’allégeance au califat abbaside. Le minbar ainsi que le mihrab, le renfoncement qui indique la direction de la Mecque pour prier, symbolisent la mosquée. Au premier plan, six hommes assis écoutent le sermon, le peintre a joué sur le contraste entre les couleurs des robes et des turbans, la position de dos ou de profil pour rompre la linéarité de l’ensemble. Debout et un peu en retrait se tient al-Hârith, le doigt posé sur la bouche en signe de perplexité. Appuyé sur la femme qui le précède, un vieil homme (Abû Zayd), une besace à l’épaule, s’avance devant le mihrab.
Enveloppée d’un long voile bleuté qui couvre ses cheveux et ses épaules, la femme, légèrement penchée, tend une main insistante vers l’imam.
Bibliothèque nationale de France
Folio 18v : séance 7. Al-Hârith se rend à la mosquée pendant les festivités de la fin du mois de ramadan
Procession de la fin du mois de ramadan à l’extérieur de la mosquée
Sur ce feuillet, à l’extérieur de la mosquée, la procession de la fin de ramadan n’attend que le signal de départ. L’artiste brosse une scène pleine de couleur et débordante de vie : les trompettes semblent sur le point de retentir et les chevaux, la patte levée, piaffent d’impatience, prêts à frapper le sol de leurs sabots. Perchés sur leurs montures harnachées pour la parade, les cavaliers tiennent de grandes bannières calligraphiées à la gloire de Dieu. La construction de la peinture évite la monotonie : drapeaux, calicots et trompettes se dressent de biais ou à la verticale, équilibrant les lignes verticales formées par les hommes et leurs chevaux. Le batteur debout, dépassant les autres musiciens, rompt avec l’alignement des visages. Le mulet pointe ses longues oreilles au milieu des chevaux dont les robes aux couleurs variées rajoutent à la vivacité du tableau.
Cette scène pleine de mouvement s’oppose à celle plus statique située sur la page en regard.La grande bannière noire à gauche répond aux drapeaux et à la robe de l’imam à droite, équilibrant ainsi l’ensemble de la composition.
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Folio 19 : séance 7. Procession de la fin du mois de ramadan à l'extérieur de la mosquée
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 25v
Séance 10 : Abû Zayd et son fils leurent le gouverneur
Un vieil homme accuse un bel adolescent d’avoir tué son fils. L’affaire est portée devant le gouverneur. Celui-ci, charmé par le jeune homme, cherche à régler le conflit à l’amiable en proposant de l’argent au vieillard pour qu’il retire sa plainte. Mais en fait les deux ennemis sont Abû Zayd et son fils, de mèche pour leurrer le gouverneur.
La scène montre l’entrevue chez le gouverneur. Siégeant tel un prince, il est assis sur un trône noir aux coins rehaussés d’or posé sur un piédestal en briques. Ses vêtements le différentient des autres personnages. Il porte un court manteau vert orné de bandes dorées et un turban assorti à la couleur de sa barbe, ses bottes noires indiquent son origine militaire. Il tient à la main une lance et sa posture, une jambe repliée sur le siège ainsi que l’expression de son visage, lui donnent un air caricatural. À moitié dissimulé derrière le pilier qui soutient le trône, un jeune homme imberbe regarde furtivement la scène.
Devant lui, vêtu d’une robe rose qui laisse entrevoir un pantalon blanc, Abû Zayd tend la main avec véhémence vers le gouverneur tandis que de sa main gauche, il désigne le jeune homme pour l’accuser. Celui-ci est habillé avec élégance d’un costume plus élaboré, robe verte et chasuble surlignée d’or.
Bibliothèque nationale de France
Folio 26 : séance 10. Abû Zayd et son fils leurent le gouverneur
Séance 11 : Scène de funérailles dans un cimetière
Attristé par quelque infortune, Al-Hârith se rend dans un cimetière pour rechercher la paix et se recueillir. Il est témoin de funérailles et rencontre un homme qui, le visage caché par un pan de son manteau, improvise un long discours sur la mort. Il dévoile le visage de l’homme et reconnaît son ami Abû Zayd. Ensemble ils quittent le cimetière, philosophant sur la vanité de la vie.
La miniature évoque la scène des funérailles dans une composition dense où aucun des deux héros n’apparaît. Les personnages sont disposés de part et d’autre de larges mausolées construits en briques ocrées à l’architecture soignée. Deux tombeaux surmontés de coupoles encadrent l’image en haut.
Au premier plan, sont posés un panier pour ramasser la terre et une bêche tandis que derrière un petit muret, deux hommes en robe bleue portent le cadavre enveloppé dans un linceul blanc. Un serviteur debout à droite tient une torche pour éclairer l’intérieur sombre du caveau où les hommes s’apprêtent à ensevelir le corps. Autour d’eux, se pressent hommes et femmes en train de se lamenter. Les pleureuses, tête découverte, cheveux en désordre, vêtements à demi entrouverts en signe de deuil montrent leur affliction par d’amples gestes des bras, les mains posées sur la tête ou sur les joues. Vêtues de rouge ou de vert et dans des poses extrêmement variées, elles s’opposent au groupe des hommes affligés qui se recueille en silence. Le visage défait, jeunes et vieux sont drapés dans un tissu d’un blanc immaculé, couleur de la mort. Seuls les liserés verts de leurs turbans apportent une note de couleur qui rappelle celle des feuillages ondoyants plus haut.
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Folio 29v : séance 11. Scène de funérailles dans un cimetière
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 30
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 32v
Séance 11 : Al-Hârith et Abû Zayd dans une taverne
Al-Hârith et ses compagnons trouvent un guide pour traverser le désert. Arrivés à Anah au bord de l’Euphrate, leur guide disparaît soudainement après avoir reçu son salaire. Ils le retrouvent dans une taverne très animée où Abû Zayd se trouve au milieu des buveurs.
Toujours dessinée selon le même principe, la demeure comporte ici deux étages. En bas à gauche, derrière une rangée de jarres, un musicien joue du luth dans une alcôve. Presque au centre, Abû Zayd trône, un verre à la main. Devant lui est posée une corbeille de figues de Barbarie. Un homme à la barbe noire, peut-être al-Hârith, se tient debout à côté et lui parle à grand renfort de gestes. À droite, un jeune esclave noir à demi nu foule le raisin tandis qu’un adolescent verse le vin dans un entonnoir afin de le filtrer dans une large coupe. À l’étage derrière une balustrade de bois ajourée, deux convives attablés devant leurs verres, sont occupés à boire et à discuter dans la pièce centrale. À leur gauche, l’échanson attrape une jarre pleine que lui tend un autre serviteur. Des jarres sont rangées de part et d’autre dans des celliers. Sur le toit de la maison, un grand arc de cercle bleuté symbolise le ciel avec la lune pour figurer la nuit tandis que deux arcs roses plus petits représentent sans doute les étoiles.
Bibliothèque nationale de France
Folio 33 : séance 11. Al-Hârith et Abû Zayd dans une taverne
À la mosquée, un prédicateur délivre un sermon sur l’égalité de tous face à la mort
À la mosquée, devant une foule nombreuse et le gouverneur lui-même, un prédicateur délivre un sermon fort émouvant sur l’égalité de tous face à la mort. Le discours est si persuasif que le prince prend en compte une plainte contre un fonctionnaire tyrannique. Il offre des présents à l’habile prêcheur. Mais au moment où Al-Hârith reconnaît Abû Zayd, l’autre a disparu, une fois encore.
La scène se déroule sur trois plans. Une rangée de fidèles, tous vus de dos, est alignée au premier plan. Seule la couleur contrastée des robes et des turbans et les quelques visages de profil en rompent la monotonie. Surplombant l’assemblée, Abû Zayd, prodigue son sermon, juché sur une chaire ornée de carreaux de céramique bleue. En face, assis sur un piédestal, trois hommes, peut-être des notables, l’écoutent religieusement. Au niveau supérieur, les femmes, isolées dans un autre espace, sont richement parées d’étoffes chatoyantes. Certaines portent un léger voile sur le visage qui fait partie de leur tenue élégante.
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Folio 58v : séance 21. À la mosquée, un prédicateur délivre un sermon sur l'égalité de tous face à la mort
Séance 21 : Une foule nombreuse, que surplombe le gouverneur, écoute le sermon
Le gouverneur siège sur cette page, en haut, majestueusement assis sur des coussins. Il est peint à une échelle plus grande car il représente le pouvoir politique. Cinq gardes en armes l’entourent, l’épée à l’épaule. Tous portent un bonnet de fourrure et des bottes et sont coiffés de longues tresses noires, caractéristiques de l’époque seldjoukide. Au niveau inférieur, rassemblée sous une arcade, une foule nombreuse dont les visages sont tous tournés vers l’autre page, suit attentivement le sermon qui se déroule sur la page opposée. Les différentes coiffures témoignent de leurs diverses origines ; en haut à droite, on reconnaît un bédouin grâce à la forme particulière de son turban. Trois cavaliers sur leurs montures, encadrent la scène et forment un contrepoint à la masse indistincte des fidèles. L’un, juché sur un cheval blanc et brandissant son éperon, semble juste s’être arrêté un instant. Venu de l’iconographie chrétienne, le halo doré qui entoure certains visages a perdu toute signification religieuse. De nombreuses restaurations malhabiles défigurent plusieurs endroits de la miniature.
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Folio 59 : séance 21. Une foule nombreuse, que surplombe le gouverneur, écoute le sermon
Les Maqâmât ou Livre des Séances
Folio 60v
Séance 22 : Abü Zayd sur un bateau naviguant sur l’Euphrate
Abü Zayd, vêtu misérablement, a pris place sur un bateau naviguant sur l’Euphrate. Il tient un long discours sur les mérites respectifs des comptables et des secrétaires. Mais lorsque ses compagnons lui offrent des cadeaux, il les refuse, jugeant leur pitié discourtoise.
La scène se déroule dans une barque noire à fond plat, longue et étroite, reflet sans doute des bateaux de transport de marchandises qui circulaient alors sur le fleuve. Les trois hommes debout à l’arrière, peints de profil, font avancer l’embarcation avec de longues perches. Cinq passagers sont assis en face. Il nous est difficile d’imaginer lequel est notre héros car tous portent les mêmes vêtements. Peut-être s’agit-il du seul personnage à la barbe blanche ? Les contours des visages sont dessinés à l’aide d’un trait rouge tandis que les yeux et les sourcils sont peints en noir. Le visage lui-même est d’une couleur ocre avec de légères touches claires pour figurer le nez sans souci de modelé. L’eau, ici un fleuve, est toujours représentée de la même façon comme une surface de forme circulaire et de couleur bleue, entourée d’une bande de terre recouverte d’herbe. À l’intérieur, nagent de petits poissons. De légères ondulations peintes en blanc figurent le courant ou les vagues. Un petit oiseau vole au-dessus d’eux.
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Folio 61 : séance 22. Abü Zayd sur un bateau naviguant sur l'Euphrate
Séance 24 : Abû Zayd, en bas à droite, dans un beau jardin en Andalus
Au cours de ses pérégrinations, Abû Zayd arrive en Andalus. Il pénètre dans un jardin fleuri dans lequel douze amis sont réunis par un beau jour d’été. Abû Zayd a alors l’occasion de déployer toutes les ressources de son art du verbe.
La séance se déroule dans un beau jardin où un groupe d’amis se repose auprès d’une fontaine d’où s’écoule une eau fraîche et bleue. Le bassin est alimenté par une noria, une roue à godets dont le mécanisme est actionné par deux bœufs qu’un gardien aiguillonne, une longue baguette à la main. Les convives, installés auprès de la source pour goûter à la fraîcheur du lieu, conversent plaisamment, un verre à la main. Un musicien joue du luth. Au premier plan, debout à droite, Abû Zayd arrive et s’adresse aux invités qui l’écoutent avec intérêt.
De légers feuillages aux formes variées bordent la construction de briques ocrées, longue tige ondulante d’un coté, arbre touffu aux feuilles vertes et rondes parsemées de fruits rouges de l’autre. La nature n’est jamais dépeinte de manière réaliste et figurative : la bande d’herbe où poussent de légères fleurettes blanches et rouges est là pour rappeler que la scène se déroule à l’extérieur.
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Folio 69v : séance 24. Abû Zayd, en bas à droite, dans un beau jardin en Andalus
Les Maqâmât ou Livre des Séances
Folio 70
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 88v
Séance 29 : À Wâsit, dans un caravansérail, Abû Zayd drogue les convives d’un banquet pour les voler
Alors qu’ils se trouvent dans un caravansérail à Wâsit, Abû Zayd conçoit avec son fils une nouvelle ruse pour s’enrichir. Il invite les riches voyageurs à un somptueux banquet. Après une série d’incantations magiques, il sert de la nourriture droguée aux convives. Une fois ceux-ci tombés dans un profond sommeil, il fouille leurs chambres et les déleste de leurs biens.
L’originalité de cette scène réside dans le lieu où elle se déroule et l’introduction de l’architecture d’un caravansérail bien différente des maisons ou des mosquées présentes dans le reste du manuscrit. Le bâtiment composé de deux niveaux est construit en briques. Le premier étage est desservi par une balustrade extérieure en bois ajouré et le toit repose sur des colonnes surmontées de chapiteaux. Sur la terrasse supérieure, se trouvent un autre petit balcon, une tour basse et un large toit. Aux deux étages s’ouvrent les chambres, fermées par de lourdes portes de bois aux serrures apparentes. On ne sait si ces détails architecturaux sont simplement décoratifs ou s’ils renvoient à des détails propres aux caravansérails. Au premier plan, gisent pêle-mêle les convives endormis dans la position où la drogue les a surpris. Debout, devant deux portes grandes ouvertes, Abû Zayd, un sac sur le dos, tend le butin dont il vient de s’emparer à son fils, l’adolescent imberbe à gauche de l’image.
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Folio 89 : séance 29. À Wâsit, dans un caravansérail, Abû Zayd drogue les convives d'un banquet pour les voler
Séance 31 : Abû Zayd se joint à une caravane de pèlerins qui se dirige vers La Mecque
Alors qu’ils se trouvent dans un campement à Ramlah, Al-Hârith se joint à une caravane de pèlerins qui se dirige vers la Mecque. Durant une halte, un homme apparaît sur une colline et fait un long et beau discours sur la signification du pèlerinage. Al-Hârith reconnaît alors son ami Abû Zayd.
La scène représente une caravane de pèlerins en route pour la Mecque en marche et au repos. Sur cette page, la troupe s’avance, étendards noirs au vent, au son de longues trompettes, des tambours et des percussions, portés par un seul élan. La peinture traduit à merveille l’impétuosité de la course vers la ville sainte. La caravane regroupe des hommes à pieds, vêtus de curieux chapeaux, de courtes tuniques et de bottes que l’on portait pour le pèlerinage, ainsi que des voyageurs à dos de chameaux ou de mulets. Au milieu des cavaliers et de leurs montures, on distingue sur le dos d’un chameau le mahmal, palanquin richement décoré que les souverains d’Egypte et de Syrie envoyaient avec les caravanes de pèlerins pour marquer leur prestige.
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Folio 94v : séance 31. Abû Zayd se joint à une caravane de pèlerins qui se dirige vers La Mecque
Séance 31 : Abû Zayd harangue une assemblée de pèlerins
La peinture très statique de cette page s’oppose à celle toute en mouvement qui lui fait face. Les personnages sont disposés sur plusieurs plans délimités par des rochers pour donner un effet de profondeur. Au centre, Abû Zayd perché sur un monticule domine la scène ; pieds nus et les épaules couvertes d’un châle pourpre, il harangue l’assemblée en tendant les bras pour ponctuer son discours. Au premier plan, plusieurs chameaux aux robes de couleurs variées sont couchés, leurs longues têtes dressées. Un homme mur et un adolescent portant des bonnets de fourrure sont assis dans une nacelle en osier ; c’est dans celles-ci que les voyageurs s’attachaient pour éviter de tomber pendant les longues traversées du désert. À coté d’eux, le mahmal, drapé de noir, a été descendu de sa monture et est posé à terre sur deux trépieds. Plusieurs hommes aux coiffures variées dont on ne distingue que la tête, sont derrière, à moitié cachés par les rochers de même qu’une autre nacelle laissée un peu plus haut.
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Folio 95 : séance 31. Abû Zayd harangue une assemblée de pèlerins
Séance 32 : Al-Hârith, de retour de La Mecque, rencontre Abû Zayd
Al-Hârith, de retour de La Mecque, s’arrête dans un campement bédouin. Il y rencontre Abû Zayd à qui l’on vient d’offrir une servante à la voix mélodieuse et un troupeau de chameaux.
Sur cette page, Abû Zayd, reconnaissable à sa barbe blanche, portant un turban blanc et un manteau rouge foncé et or sur une robe bleu clair, désigne d’un geste des mains le troupeau de chameaux situé sur la page d’en face. Son ami stupéfait lui demande des explications. Ils conversent de part et d’autre d’un arbre dont le tronc est, selon l’usage, formé d’une suite de petits éléments imbriqués roses cernés de rouge.
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Folio 100v : séance 32. Al-Hârith, de retour de La Mecque, rencontre Abû Zayd
Séance 32 : Le troupeau de chameaux qui a été offert à Abû Zayd en hommage à son talent d’orateur
La peinture de cette page représente le troupeau de chameaux offert à Abû Zayd pour son talent d’orateur. À l’arrière des animaux s’avance la gardienne, brandissant à la main une fine baguette. Vêtue d’une robe bleu pale aux ramages effacés, la tête et les épaules recouvertes d’un châle rouge, la femme semble sans grâce et sans élégance, bien loin de la description du texte. Les chameaux sont tous représentés de profil, tournés vers la droite. Serrés les uns contre les autres, ils forment une masse très dense mais étonnement diversifiée grâce à la subtile alternance des couleurs de leurs robes, des plus foncées aux plus claires, allant d’un marron soutenu aux ocres dilués. Les mouvements de leurs longs cous sinueux, baissés ou plus ou moins redressés, leurs gueules entrouvertes ou fermées offrent un contraste saisissant ainsi que l’enchevêtrement de leurs pattes. Deux d’entre eux, encadrant leurs congénères broutent avec voracité les touffes d’herbe qui parsèment la bande de terre fleurie.
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Folio 101 : séance 32. Le troupeau de chameaux qui a été offert à Abû Zayd en hommage à son talent d’orateur
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 104v
Al-hârith au marché aux esclaves
Après l’expansion de l’Islam du 7e siècle, la traite augmente en Afrique avec l’établissement d’un vaste réseau approvisionnant principalement le monde arabe. Outre les routes transsahariennes, les mouvements vont de l’est de l’Afrique vers l’Arabie et de la Corne de l’Afrique vers l’Abyssinie. Ces traites vont s’étendre sur treize siècles et toucher 17 millions d’Africains. La présence d’esclaves africains est aussi attestée en Asie, notamment en Inde. L’esclavage des autochtones a pratiquement disparu en Europe au 13e siècle, quand la reconquista de l’Espagne amène des captifs « sarrasins ». Des ventes d’esclaves africains ont lieu dans la France du sud aux 14e et 15e siècles, à partir de l’Espagne mais aussi venant directement de Tunis et de Tripoli.
L’image, qui provient d’un manuscrit arabe du 13e siècle, montre un marché aux esclaves.
Al-Hârith va acheter un esclave et se fait flouer par Abû Zayd qui lui vend son fils. La scène montre la transaction entre les deux hommes et se déroule devant un curieux édifice, une halle ouverte sur deux niveaux, sans doute une échoppe dans un souk, dont le toit en roseaux tressés repose sur de fins piliers de bois. Au premier plan, Abû Zayd, le visage à moitié caché par un pan de son turban, tient son fils par l’épaule, un jeune garçon habillé d’une longue robe verte qui contraste avec celle de son père, bleu pâle ceinturée de rouge et sur laquelle est jetée une cape rouge foncé galonnée d’or. Au centre, est assis un groupe d’esclaves noirs, attendant les acheteurs. L’un est simplement vêtu d’un pagne vert et d’un tissu blanc posé sur ses épaules qui dévoile largement ses bras et une partie de son torse. Son voisin est enveloppé dans un grand tissu blanc dont seule sort la main. Leurs têtes sont nues, leurs cheveux frisés et ils ne portent pas de chaussures. À droite, al-Hârith coiffé d’un turban rouge, dominant la scène de sa haute stature, les observe attentivement. Au niveau supérieur, s’effectue la transaction : la monnaie est soigneusement pesée sur une balance. Cette image illustre deux moments du récit : la rencontre des deux amis au marché des esclaves puis une fois la vente faite, Al-Hârith en train de peser la somme due.
Bibliothèque nationale de France
Folio 105 : séance 34. Al-Hârith, qui cherche à acheter un esclave, se fait flouer par Abû Zayd qui lui vend son fils
Séance 39 : Al-Hârith part pour un voyage lointain dans l’océan Indien en compagnie d’Abû Zayd
Cette longue séance nous mène hors des frontières du monde musulman médiéval. Al-Hârith part pour un voyage lointain dans l’océan Indien en compagnie d’Abû Zayd. Une violente tempête les oblige à aborder sur une île inconnue. Ils découvrent un palais splendide dont les portes sont gardées par des esclaves en larmes car leur reine a des difficultés pour accoucher. On craint pour sa vie et celle de son enfant. Abû Zayd compose un talisman qui provoque immédiatement la délivrance de la reine.
La miniature dépeint un bateau prêt à affronter les vagues, semblable à ceux qui naviguaient sur l’océan Indien. L’équipage est composé d’Indiens à la peau sombre, le torse nu. Assis sur la poupe, le capitaine, barbe noire et cheveux au vent, vêtu d’une robe verte rehaussée d’or, est occupé à hisser les voiles aidé par deux matelots dont l’un, de sa main libre, manie la barre du gouvernail. À la proue du navire, se tient un marin tandis que, plus bas, un autre retient à pleines mains les extrémités de la voile. L’ancre levée est accrochée à l’étrave. Sur le pont supérieur, on distingue une cabine ainsi qu’un mat pourvu d’une nacelle où un jeune marin est placé en vigie. Les passagers, dont on aperçoit seulement les visages aux écoutilles, sont installés sur le pont inférieur. En dessous encore, deux marins vident des jarres remplies d’eau souquée dans la cale. L’océan est représenté comme toujours par un bassin entouré d’une bande d’herbe, dans lequel de larges ondulations dessinées en blanc représentent les vagues.
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Folio 119v : séance 39. Al-Hârith part pour un voyage lointain dans l'océan Indien en compagnie d'Abû Zayd
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 120
Al-Hârith et Abû Zayd arrivent devant le palais d’Orient
L’art d’al-Wâsitî, peintre et copiste, se déploie dans les 99 miniatures de ce manuscrit de luxe, l’un des beaux témoignages de la peinture de l’école de Bagdad, dont on ne connaît pas le commanditaire. Il se révèle autant dans la variété des compositions qui fournissent une foule de détails sur la vie des villes et des campagnes que dans la subtilité des couleurs. Il excelle à rendre les nuances psychologiques sur les visages et se distingue par la vivacité de la peinture des animaux, tout particulièrement les chameaux.
Sur cette page se dresse le palais d’Orient. L’élégant pavillon, construit en briques, présente une architecture élaborée très décorative. Une large porte de bois surmontée d’un arc de pierre occupe la partie centrale. À droite, arrivent les deux compères, al-Hârith dont la bande du turban retombe jusqu’en bas du dos et Abû Zayd, à la barbe et au turban blancs, un panier à la main. Le second désigne du doigt les trois serviteurs éplorés à son compagnon. Du fait de l’absence de perspective, ils semblent se tenir dans une curieuse position, à moitié debout alors qu’ils sont assis. Les hommes à la peau foncée et aux cheveux longs d’un noir de jais portent de lourds bracelets d’or sous les épaules. Vêtus d’un pantalon court et une écharpe fluide croisée sur leurs torses nus, ils se tiennent la tête entre les mains en signe d’affliction. Au premier étage, un premier balcon en briques se termine par un encorbellement derrière lequel s’ouvrent trois fenêtres en ogive vertes et rouges sur un fond décoratif chamarré d’or semblable à ceux qui ornent souvent les robes des personnages. En haut, une seconde balustrade finement ajourée en bois soutient un toit en forme de dôme encadré de deux petites coupoles en muqarnas.
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Folio 120v : séance 39. Al-Hârith et Abû Zayd arrivent devant le palais d'Orient
L’île mystérieuse dans laquelle les marins sont contraints d’aborder
L’art d’al-Wâsitî, peintre et copiste, se déploie dans les 99 miniatures de ce manuscrit de luxe, l’un des beaux témoignages de la peinture de l’école de Bagdad, dont on ne connaît pas le commanditaire. Il se révèle autant dans la variété des compositions qui fournissent une foule de détails sur la vie des villes et des campagnes que dans la subtilité des couleurs. Il excelle à rendre les nuances psychologiques sur les visages et se distingue par la vivacité de la peinture des animaux, tout particulièrement les chameaux.
La peinture représente l’île mystérieuse dans laquelle les marins sont contraints d’aborder. Au premier plan, l’océan peuplé de quatre gros poissons délimite le territoire de l’île. On aperçoit à gauche la proue du navire à la coque cousue qui s’avance derrière l’île. Un marin indien penché en avant, surveille l’avancée du bateau et s’apprête à jeter l’ancre encore accrochée à l’étrave. Trois arbres stylisés grouillant de vie occupent toute la surface de l’île. Parmi les épais feuillages, on distingue quatre singes qui grimpent agilement au milieu des branchages. Un perroquet vert est assis à l’assise d’un tronc. Un bel oiseau au long cou, grue ou héron, niche dans l’arbre central. Dans celui d’à coté, aux longues feuilles et aux fruits jaunes sont juchés deux grands oiseaux, l’un huppé au large bec rouge et à la longue queue l’autre bleu. En bas se tiennent deux créatures extraordinaires. L’une est une sirène, à tête féminine sur un corps d’oiseau, l’autre une sphynge, créature pourvue d’ailes au visage de femme couronné et au corps de quadrupède. Comme dans les récits de voyage qui circulaient à l’époque, l’île est peuplée de créatures exotiques mais aussi d’un bestiaire fabuleux venus de mythologies plus anciennes.
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Folio 121 : séance 39. L'île mystérieuse dans laquelle les marins sont contraints d'aborder
Séance 39 : L’accouchement difficile d’une reine
Cette scène peu habituelle illustre l’accouchement difficile de la reine dont l’histoire est évoquée dans les images précédentes. La miniature dépeint deux moments du récit situé à chaque niveau du palais. À l’étage supérieur, derrière une balustrade de bois, trône le prince de l’île, assis en tailleur sur des coussins roses. Derrière lui se tiennent deux serviteurs. Sa peau est légèrement foncée, ses cheveux et sa barbe, longs et très noirs. Dans la petite pièce à gauche, Abû Zayd est en train de rédiger la formule de l’amulette pour favoriser l’accouchement de la reine. Dans celle de droite, un devin, l’astrolabe à la main, prépare un horoscope pour l’enfant à naître.
En dessous dans l’appartement des femmes, on voit dans la partie centrale décorée de rideaux la reine du pays en train d’accoucher. Assise, la chemise entrouverte et les cuisses largement écartées, elle est soutenue à sa droite par une servante sur qui elle s’appuie. Son visage rond est encadrée par de longues tresses noires et elle porte de lourds bijoux d’or, collier au cou et bracelets aux bras et aux chevilles. La sage-femme, une jambe allongée devant elle, attend l’arrivée de l’enfant. Dans les pièces latérales, les servantes, la tête recouverte d’un léger voile, apportent les instruments pour la délivrance de la reine ainsi que les talismans rédigés par Abû Zayd et destinés à être attachés sur sa cuisse.
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Folio 122v : séance 39. L'accouchement difficile d'une reine
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 123
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 137v
Séance 43 : Al-Hârith et Abû Zayd conversent avec un homme à l’entrée d’un village
Alors qu’il chemine sur son chameau, al-Hârith rencontre Abû Zayd endormi près de sa monture. Ils chevauchent ensemble jusqu’au matin et arrivent dans un village.
Les deux amis montés sur leurs chameaux luxueusement harnachés pénètrent dans le village. Ils pointent l’index droit vers un personnage, vêtu d’une longue robe rouge et chaussé de bottes noires, debout à gauche de la page. La tête levée dans leur direction, il semble les écouter ou répondre à leurs questions. Des bandes d’herbe aux délicates fleurs beige pâle et rouge définissent plusieurs plans ; le premier où se trouvent nos héros et leurs montures, étonnantes de vérité, le second rempli par une petite mare dans laquelle viennent s’abreuver des chèvres noires et marron, l’arrière plan enfin où la ville se dévoile à nous. Sur la gauche, à coté d’un palmier dattier, se dresse une mosquée au dôme bleu et au minaret ceint d’une balustrade rouge. De grandes calligraphies ornent sa façade. Un bazar à coupoles s’ouvre sur une suite d’arcades abritant des échoppes où s’activent différents personnages. Les marchands conversent à grand renfort de gestes avec leurs clients hommes et femmes. Le village se termine par une tour à porte fortifiée que garde un porte lance. Hors de l’enceinte à droite, une femme est en train de filer de la laine à la main avec une quenouille. Les animaux domestiques ne sont pas oubliés, un coq et une poule sont perchés sur une échoppe, un bovidé surgit d’une arcade.
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Folio 138 : séance 43. Al-Hârith et Abû Zayd conversent avec un homme à l'entrée d'un village
Séance 44 : Al-Hârith est invité à un festin sous une tente où Abû Zayd récite d’étranges devinettes aux invités
Le repas se déroule sous une tente luxueuse. Derrière elle, passe un cavalier dont on n’aperçoit que la longue lance pointée en biais et la tête du chameau. À l’intérieur sur le sol tapissé de riches coussins, deux hommes, dont probablement l’un est Abû Zayd sont en train de manger, attablés devant une table basse. À côté, leur tournant le dos, sont assis des bédouins reconnaissables à la forme particulière du turban. À l’entrée une servante debout, tend à une autre un plateau plein avec la viande.
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Folio 139v : séance 44. Al-Hârith est invité à un festin sous une tente où Abû Zayd récite d'étranges devinettes aux invités
Séance 44 : Préparation du festin
Par une froide nuit, al-Hârith est accueilli sous une tente luxueuse où se pressent invités et servantes autour d’un festin. Un vieil homme, Abu Zayd, récite d’étranges devinettes pour lesquelles il demande une rétribution.
Plusieurs moments de la scène du festin sont évoqués simultanément sur cette double page qui se regarde de gauche à droite.
Sur cette page, on assiste aux préparatifs. En haut à gauche, un homme égorge avec un grand couteau un chameau dont les pattes ont été ligotées. Au premier plan, on fait cuire la bête égorgée. Un garçon à genoux souffle avec application sur le feu pour l’attiser tandis qu’un cuisinier, une soupière à la main, tourne avec une grande cuillère le contenu du chaudron. Une femme, les bras chargés d’un plateau sur lequel sont servis deux bols, part en direction des convives.
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Folio 140 : séance 44. Préparation du festin
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 151v
Séance 46 : Dans une école, Abû Zayd se livre à des prouesses linguistiques devant al-Hârith
Dans cette séance, où il a l’occasion de démontrer ses prouesses linguistiques devant al-Hârith, Abû Zayd se trouve dans une école avec dix jeunes enfants.
L’architecture de l’école est réduite ici à un simple rectangle aux bords supérieurs rehaussés d’un motif décoratif d’angle. Abû Zayd et le maître sont assis sur une banquette basse aux coussins chamarrés. Habillé d’une robe bleue, Abû Zayd tient à la main une longue baguette en direction des élèves. En face de lui, le maître l’écoute attentivement. L’une de ses jambes est à moitié repliée et l’autre laisse entrevoir les broderies de ses pantalons blancs. Il tourne le dos aux enfants. Ceux-ci, penchés sur la tablette de bois sur laquelle ils écrivent, forment une masse indifférenciée dont seule les différentie la couleur des vêtements. Debout à gauche, un élève actionne un ingénieux système pour éventer le maître. L’éventail, en diagonale, souligne le mouvement des têtes inclinées des enfants et confère à la scène une impression de mouvement et de vie.
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Folio 152 : séance 46. Dans une école, Abû Zayd se livre à des prouesses linguistiques devant al-Hârith
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Folio 165v
Séance 50 : Dernière rencontre avec Abû Zayd
Al-Hârith rencontre Abû Zayd qui lui confie sa décision de mener une vie pieuse. Quelque temps plus tard, ils se retrouvent dans la ville de Sarrudj où l’ancien gredin jouit d’une réputation de saint homme.
Le livre se clôt sur l’ultime rencontre entre les deux amis. À l’encontre du texte qui situe la scène dans une mosquée, le peintre l’installe dans une maison privée. Assis sur une estrade formée de coussins, les deux hommes discutent devant une coupe dont l’un tourne le contenu à l’aide d’une cuillère. On reconnaît Abû Zayd, décrit comme un vieillard repenti, à ses cheveux blancs et à son dos un peu voûté. La maison présente une architecture un peu plus complexe, surmonté de plusieurs petits toits ouvrants couverts de jonc tressé, caractéristique des pays chauds.
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Folio 166 : séance 50. Dans la ville de Sarrudj, al-Hârith rencontre pour la dernière fois Abû Zayd qui mène une vie pieuse de vieillard repenti
Ce manuscrit constitue sans doute l’un des plus beaux témoignages de la peinture arabe telle qu’elle s’est développée à Bagdad autour du 13e siècle. Il illustre un très célèbre texte de la littérature arabe produit au 11e siècle par al-Harîrî et décrit en 50 séances Maqâmât les aventures du narrateur al-Hârith et du héros Abû Zayd, sorte de vagabond bohème et fripon déployant dans des situations diverses toutes les ressources de sa ruse et de son éloquence. L’ouvrage connut un succès extraordinaire et inspira de multiples imitations en arabe, en persan et même en hébreu et en syriaque.
Écrit dans une belle écriture naskhî noire, ce manuscrit fut réalisé par Yahya ibn Mahmûd al-Wâsitî dont l’art se révèle autant dans la variété des compositions que dans les couleurs employées et l’impression de vie intense qui se dégage des scènes peintes.
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